Wyclif
prend résolument parti pour le réalisme
contre le nominalisme dans un débat qui
reste vif à son époque. Il milite
pour un retour à la Bible et à l'augustinisme
et publie De domino divino (1375), De officio
regis, De veritate scripturæ (1378), De
potestate papæ (1379).
En 1376, Wyclif expose la doctrine de l'«
autorité fondée sur la grâce
», selon laquelle toute autorité
est accordée directement par la grâce
de Dieu et perd sa valeur lorsque son détenteur
est coupable de péché mortel.
Pour lui, la véritable Église
est l'Église invisible des chrétiens
en état de grâce : Wyclif met en
cause le principe de l'autorité de la
hiérarchie dans l'Église et préconise
la désignation du pape par tirage au
sort. Il dénie aux prêtres en état
de péché mortel la possibilité
de remettre les fautes. Wyclif laisse clairement
entendre que l'Église d'Angleterre est
pécheresse et coupable de corruption.
Le 19 février 1377, il est convoqué
par l'évêque de Londres, Guillaume
Courtenay, pour présenter sa doctrine.
L'interrogatoire se termine lorsque Jean de
Gand, qui avait accompagné Wyclif, se
trouve mêlé à une bousculade
avec l'évêque et son entourage.
Le 22 mai 1377, le pape Grégoire XI publie
plusieurs bulles accusant Wyclif d'hérésie.
À l'automne de la même année,
le Parlement lui demande son avis sur le caractère
légal de l'interdiction faite à
l'Église d'Angleterre de transférer
ses biens à l'étranger sur l'ordre
du pape. Wyclif confirme la légalité
d'une telle interdiction, et au début
de 1378 il est de nouveau convoqué par
l'évêque Courtenay et par l'archevêque
de Canterbury, Simon de Sudbury. Wyclif reçoit
un simple blâme grâce à ses
rapports privilégiés avec la cour.
Pendant l'année 1378, Wyclif et ses
amis d'Oxford entreprennent la traduction en
anglais de la Vulgate, bravant par là
l'interdit l'Église. En 1379, Wyclif
répudie la doctrine de la transsubstantiation.
Cette prise de position audacieuse suscite une
telle réprobation que Jean de Gand lui
retire son soutien. Wyclif envoie à partir
de 1380 ses disciples, appelés les pauvres
prêcheurs, dans les campagnes pour qu'ils
fassent connaître ses thèses religieuses
égalitaristes. Les prêcheurs trouvent
une large audience et on accuse Wyclif de semer
le désordre social. Cependant, il ne
s'engage pas directement dans la révolte
avortée des paysans en 1381, mais il
est probable que ses doctrines influencèrent
les paysans. En mai 1382, Courtenay, devenu
archevêque de Canterbury, rassemble un
tribunal ecclésiastique qui condamne
Wyclif comme hérétique et prononce
son expulsion d'Oxford. Wyclif se retire alors
dans sa paroisse de Lutterworth.
Le duc de Lancastre, la population londonienne
et pendant un certain temps les ordres mendiants
soutiennent ses idées qui sont propagées
en Angleterre par des prédicateurs itinérants
appelés « pauvres prêtres
» ou lollards. Cependant ses attaques
contre la papauté lui valent la condamnation
de Rome et en 1384 il meurt dans l'isolement.
Crémation des restes de John Wyclif,
John Foxe's book (1563)Après la mort
de Wyclif, son enseignement se répandit
rapidement. Sa Bible, qui parut en 1388, fut
largement distribuée par ses disciples,
les lollards. Enfin, les œuvres de Wyclif influencèrent
fortement le réformateur tchèque
Jan Hus et les anabaptistes et la révolte
qu'il mena contre l'Église. Martin Luther
reconnut également sa dette à
l'égard de Wyclif. En mai 1415, le concile
de Constance condamna les hérésies
de Wyclif et ordonna que son corps soit exhumé
et brûlé. Ce décret fut
exécuté en 1428.
La
pensée de Wyclif représentait
une rupture complète avec l'Église,
dans la mesure où il affirmait qu'il
existe une relation directe entre l'humanité
et Dieu, sans l'intermédiaire des prêtres.
En se conformant aux Écritures, Wyclif
pensait que les chrétiens étaient
en mesure de prendre en main leurs vies sans
l'aide du pape et des prélats. Wyclif
dénonça de nombreuses croyances
et pratiques de l'Église, les jugeant
contraires aux Écritures. Condamnant
l'esclavage et la guerre, il soutenait que le
clergé chrétien devait suivre
l'idéal de la pauvreté évangélique,
à l'instar du Christ et de ses disciples.
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