Jeunesse
Karol Józef Wojtyla naît à
Wadowice (Pologne) le 18 mai 1920; deuxième
fils d'Emilia, née Kaczorowska (1884),
et de Karol Wojtyla (décédé
en 1941), officier en retraite. Le couple aura
également une fille, Olga, morte en bas-âge
vers 1914. Très tôt, il perd sa mère
(1929) puis son frère aîné,
Edmund (1906-1932), médecin. Il suit des
études de lettres à l'université
Jagellonne de Cracovie, où il se spécialise
en philologie polonaise. L'occupation allemande
entraîne la fermeture de l'université.
Le futur pape doit travailler comme ouvrier, d'abord
dans une carrière de pierre, puis dans
une usine chimique. Parallèlement, il maintient
ses activités littéraires, participant
à la création d'une troupe de théâtre
clandestine, le « Théâtre rhapsodique
».
En 1941, à la mort de son père
qui était le dernier membre de sa famille,
Karol Wojtyla décide de devenir prêtre
et en octobre 1942, il est accepté au
séminaire clandestin que l'archevêque
a organisé malgré l'interdiction
allemande de former de nouveaux prêtres.
En octobre 1944, menacé par l'insurrection
de Varsovie, il trouve refuge au Palais épiscopal
où le cardinal Adam Sapieha cache les
séminaristes. Il ne retrouve sa liberté
de mouvement que le 17 janvier 1945, suite à
la libération de Cracovie.
Il est ordonné prêtre le 1er octobre
1946. Le cardinal Sapieha l'envoie aussitôt
compléter sa formation à l'Angelicum
de Rome, université alors dirigée
par les dominicains. Il y restera deux ans,
pour préparer sa thèse de doctorat
en théologie sur « La foi dans
la pensée de saint Jean de la Croix ».
Il fait également des séjours
en France et en Belgique. Il rencontre le théologien
Henri de Lubac, l'abbé Joseph Cardjin,
fondateur de la Jeunesse ouvrière chrétienne,
et observe l'expérience des prêtres-ouvriers.
Prêtre, évêque et
archevêque
Il revient ensuite en Pologne où il prend
en charge plusieurs paroisses de Cracovie. Il
obtient également un doctorat de philosophie.
Sa thèse porte sur le philosophe Max
Scheler. En 1953, il assume la chaire de théologie
morale et d'éthique sociale de la Faculté
de théologie de Cracovie. À sa
suppression, en 1954, il est nommé professeur
d'éthique à l'Université
catholique de Lublin. Il fonde dans cette ville
un Institut de morale dont il conserve la direction
jusqu'en 1978.
Le 28 septembre 1958, Pie XII le nomme évêque
auxiliaire de Cracovie. À 38 ans, Karol
Wojtyla est le plus jeune prélat de Pologne.
C'est à cette époque qu'il choisit
sa devise « Totus tuus » («
tout à toi »), illustration de
sa dévotion à la Vierge Marie.
Il continue à se consacrer à la
littérature, donnant même en 1960
une pièce de théâtre, La
Boutique de l'orfèvre, dont le sous-titre
est : « méditation sur le sacrement
de mariage qui, de temps en temps, se transforme
en drame. » Il collabore aux revues Znak
et Tygodnik Powszechny, signant ses poèmes
du pseudonyme « Andrzej Jawien »
(en polonais, « jawny » signifie
« manifeste » et fait allusion au
« objawienie » qui veut dire «
révélation »). Il participe
aux travaux préparatoires de Vatican
II, notamment sur les schémas des futures
constitutions dogmatiques Gaudium et spes et
Lumen gentium. Il devient ainsi la figure de
proue de l'épiscopat polonais. Paul VI
le nomme archevêque de Cracovie le 13
janvier 1964, puis cardinal en 1967.
Élection
Selon les journalistes le conclave serait divisé
entre deux favoris : Giuseppe Siri, archevêque
de Gênes, et Giovanni Benelli, archevêque
de Florence et proche de Jean-Paul Ier. Karol
Wojtyla est élu le 16 octobre 1978 pape
de l'Église catholique romaine, au septième
ou huitième tour de scrutin. On sait
que Mgr Koenig, archevêque de Vienne,
était très proche de lui, et paraît
avoir été un de ses grands électeurs.
La surprise est alors très grande :
il est le premier pape slave de l'histoire et
le premier non-italien depuis Adrien VI en 1522.
Le cardinal protodiacre peine d'ailleurs à
prononcer son nom, la foule croit d'abord avoir
affaire à un cardinal africain et nombre
de commentateurs sont pris de cours lors de
l'annonce, ignorant tout du nouveau pape. Il
détone dans la succession des papes par
sa nationalité, son âge et sa condition
d'ancien athlète. Surtout il vient d'un
pays communiste, d'au-delà du rideau
de fer.
Il prend le nom de Jean-Paul II, en totale
continuité avec ses trois prédécesseurs
immédiats. Il inaugure son pontificat
le 22 du même mois.
Son pontificat sera un des plus longs de l'histoire
de la papauté. Sur ses 263 prédécesseurs,
seul Pie IX (1846-1878) a régné
de façon certaine plus longtemps que
lui, mais saint Pierre, le premier des évêques
de Rome, aurait régné encore plus
longtemps (34 ans). Durant son règne,
il aura connu trois présidents français,
cinq présidents des États-Unis
d'Amérique, et sept chefs d'état
d'URSS puis de Russie.
Pastorale
Durant son règne, Jean-Paul II effectue
104 voyages, soit plus que tous ses prédécesseurs
réunis. Alors que certains de ses voyages
(comme aux États-Unis ou à Jérusalem)
le mènent sur les traces de Paul VI,
beaucoup d'autres pays n'avaient jamais été
visités par un pape. Il devient le premier
pape à se rendre au Royaume-Uni où
il rencontre Élisabeth II, chef de l'Église
anglicane. Lui et l'archevêque de Canterbury
s'embrassent devant les médias dans la
cathédrale de Canterbury. Durant ses
voyages, il montre une dévotion particulière
envers la Vierge Marie, visitant de nombreux
lieux lui étant consacrés, dont
Lourdes (France) par deux fois, Fátima
(Portugal), Guadalupe (Mexique). Ses visites
ont la particularité d'accueillir de
gigantesques foules, les Journées mondiales
de la jeunesse, dépassant souvent le
nombre du million.
En octobre 1986, il décide de constituer
une commission de cardinaux et d'évêques
pour préparer un projet de catéchisme
universel romain et en confie la présidence
au cardinal Ratzinger. Le cardinal autrichien
Christoph Schönborn sera l'un des principaux
rédacteurs et le Catéchisme de
l'Église catholique est approuvé
officiellement par le pape le 25 juin 1992.
Dialogue interreligieux
Le pontificat de Jean-Paul II s'est caractérisé
par une intensification des échanges
avec les autres religions. Au cours de ses voyages,
il a rencontré tous leurs dignitaires
et a prié dans plusieurs de leurs lieux
saints. À deux reprises, il a invité
les responsables de toutes les religions à
une prière commune pour la paix à
Assise : 27 octobre 1986 et 22 janvier 2002.
- Judaïsme
Jean-Paul II écrit et donne un grand
nombre de textes et de discours sur le sujet
des relations entre l'Église et les Juifs,
rendant hommage aux victimes de la Shoah. Son
premier voyage, qui est aussi le premier d'un
pape en ce lieu, est à Auschwitz. Il
a grandi dans un contexte de culture juive florissante,
son intérêt pour elle datant de
son enfance. Il est le premier pape à
visiter une synagogue de Rome.
En mars 2000, Jean-Paul II se rend au Mémorial
de Yad Vashem et demande le pardon de l'Église
catholique pour les crimes commis, dans un billet
glissé dans une fente du Mur des lamentations.
- Islam
Le pape a effectué une visite d'une journée
à Tunis le 14 avril 1996.
En mai 2001, Jean-Paul II est le premier pape
à se rendre dans une mosquée.
Désireux de se recueillir sur le lieu
où se convertit saint Paul, il entre
et prie à la mosquée des Omeyyades
à Damas (Syrie).
- Orthodoxie
En 1999, Jean-Paul II visite la Roumanie avec
les personnalités locales de l'Église
orthodoxe. Il est d'ailleurs le premier pape
à visiter un pays à majorité
orthodoxe depuis le schisme de 1054.
- Dialogue œcuménique
Sur le sujet de la primauté du pape,
il a proposé aux Chrétiens des
autres confessions de « chercher, évidemment
ensemble, les formes dans lesquelles ce ministère
pourra réaliser un service d’amour reconnu
par les uns et par les autres » lors de
l'encyclique Ut unum sint (1995).
Politique
Son soutien aux dissidents de l'ex-bloc soviétique,
en particulier au syndicat Solidarnosc de Lech
Walesa ainsi que le symbole de son élection,
ont joué un rôle important dans
l'effondrement des régimes communistes
en Europe de l'Est à la fin des années
1980.
À l'occasion de son voyage au Chili,
Augusto Pinochet demanda au pape : « Pourquoi
l’Église parle-t-elle sans cesse de démocratie
? Toutes les méthodes de gouvernement
se valent.» Jean Paul II répondit
: « Non, répondit-il le peuple
a le droit de jouir de ses libertés fondamentales,
même s’il commet des erreurs dans l’exercice
de celles-ci.» (Entrevue du cardinal Angelo
Sodano, 13 décembre 1996 cité
dans G. WEIGEL, Jean Paul II, témoin
de l’espérance, éd. JC Lattès,
1999 p. 652.)
Questions scientifiques
Le 31 octobre 1992 il se prononce en faveur
de la réhabilitation de Galilée.
Le 22 octobre 1996 il reconnaît dans un
message à l'Académie pontificale
des sciences que la théorie de l'évolution
est « plus qu'une hypothèse ».
Morale religieuse
À plusieurs reprises, il a rappelé
l'enseignement de l'Église concernant
l'exigence de fidélité conjugale
et la recommandation d'éviter les méthodes
artificielles de contraception. Il a par ailleurs
maintenu la condamnation de l'homosexualité
ainsi que l'interdiction de sacrements en état
de péché mortel, donc en particulier
la communion pour les divorcés remariés.
En avril 2002, il a convoqué onze cardinaux,
tous venus des États-Unis. À cette
occasion, il a déclaré : «
les gens ont besoin de savoir qu’il n’y a pas
de place dans la prêtrise et dans la vie
religieuse pour ceux qui feraient du mal aux
jeunes.» Il a ajouté être
« profondément peiné »
et a tenu à exprimer sa « solidarité
aux victimes des violences sexuelles et à
leurs familles, où qu’elles soient.»
Voir article connexe Prêtrise et pédophilie.
Combat pour la vie
Il s'est fait le défenseur inlassable
du droit à la vie, rappelant l'opposition
de l'Église à l'avortement, l'euthanasie
et à toute forme d'eugénisme.
Il a également appelé à
une plus ferme condamnation de la peine de mort.
Organisation de l'Église
Il a œuvré pour la revalorisation de
l'ordination des hommes mariés, notamment
au sein du diaconat pour les catholiques de
rite romain. Il a également voulu associer
les femmes au fonctionnement de l'Église
« à tous les niveaux, y compris
dans les processus d'élaboration des
décisions » (exhortation apostolique
Vita consecrata, 1996).
Santé
Le 13 mai 1981, Jean-Paul II est victime d'un
attentat. Des coups de feu sont tirés
par Mehmet Ali Agca contre lui sur la place
Saint-Pierre à Rome, devant une foule
de 20 000 fidèles. Jean-Paul II attribuera
sa miraculeuse survie à l'intervention
de la Vierge de Fatima et ne renoncera pas aux
déplacements et à l'action diplomatique.
Il circulera désormais parmi la foule
dans une voiture blindée surnommée
« papamobile ».
Lors de son hospitalisation, il a été
transfusé avec du sang contaminé
par un cytomégalovirus, ce qui l'affaiblira
énormément par la suite.