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Le secrétaire général du Conseil oecuménique ne briguera pas un second mandat
 

Samuel Kobia
Sur fond de polémique, Samuel Kobia a annoncé qu'il ne briguerait pas un second mandat au Conseil oecuménique des Eglises, «pour des raisons personnelles».

Premier secrétaire général africain du Conseil oecuménique des Eglises (COE), le pasteur méthodiste Samuel Kobia était le seul candidat à sa succession. Alors que l'organisation internationale célèbre ses 60 ans, son Comité central devait cette semaine discuter du renouvellement du mandat de son leader, qui échoit à la fin de l'année. Mais celui-ci a annoncé qu'il n'était plus candidat, «pour des raisons personnelles». Son successeur sera désigné dans dix-huit mois seulement. A la presse, le pasteur Walter Altmann, président du Comité central, a déclaré qu'il ne spéculerait pas sur les motifs qui ont poussé Samuel Kobia à prendre sa décision. Il faut dire que, la semaine précédente, le secrétaire général avait essuyé de vives critiques de la part de l'évêque Martin Hein, membre du Comité central et issu de l'Eglise évangélique d'Allemagne, l'un des plus importants bailleurs de fonds du COE. La polémique avait suscité des interrogations sur la pertinence du mouvement oecuménique (travaillant à l'unité des Eglises) et le fonctionnement du COE.


«Un manque de vision»

L'évêque Hein avait estimé que le mouvement oecuménique n'avait pas su élaborer «des visions et des perspectives susceptibles d'être communiquées» et que Samuel Kobia voyageait trop à l'extérieur de Genève (siège du COE).
A cela s'est ajouté un épisode qui a affecté le pasteur africain: le COE a dû retirer de son CV toute mention relative à un doctorat obtenu auprès de la Fairfax University, enregistrée en Louisiane (USA). Motif? Cette université n'est pas reconnue par les autorités étasuniennes, ce que le «doctorant» ignorait alors.
Cela aurait pu rester une anecdote. Mais vu le climat tendu à l'ouverture de la réunion du Comité central, l'affaire, sortie dans la presse, a fait grand bruit. Pour certains, cela reflète les frustrations et les difficultés auxquelles fait face le COE, cristallisées dans la personne du secrétaire général.
C'est que l'oecuménisme piétine, comme on a pu l'observer lors du troisième Rassemblement oecuménique européen à Sibiu (Roumanie), l'automne passé. «L'oecuménisme est en crise, pas comme impératif de l'Evangile, mais comme mouvement historique qui ne parvient pas à se mettre d'accord sur la signification de l'unité des Eglises, ce qui rend le rapprochement entre elles très complexe», commente un spécialiste. Et de citer comme exemple les rapports tendus entre les Eglises orthodoxe et catholique. On rappellera aussi le récent texte du Vatican, qui soulignait à nouveau que l'Eglise catholique était la seule véritable Eglise.
A ces crispations s'ajoute la complexité croissante du COE: au départ fondé principalement par des Eglises occidentales, il compte aujourd'hui 349 Eglises (protestantes, anglicanes, évangéliques et orthodoxes) de tous les continents. Sans compter que l'organisation collabore étroitement avec l'Eglise catholique, qui n'en est pas membre.


Plus une priorité

Cette galaxie d'Eglises doit aussi affronter des difficultés financières. Paradoxalement, le COE souffre des acquis de l'oecuménisme, car les Eglises membres n'en font plus forcément une priorité. Sécularisation oblige, les Eglises ont moins de ressources, ce qui se répercute sur le budget du COE. Son personnel est passé de plus de 300 postes (équivalents plein temps) il y a vingt ans à 185 aujourd'hui. Cela s'est fait dans la douleur, selon une source interne.
Samuel Kobia, capitaine du bateau oecuménique, quitte-t-il le navire en raison d'une mer houleuse? Juan Michel, porte-parole de l'organisation, répète que celle-ci s'en tient aux «raisons personnelles» invoquées par le secrétaire général. Surtout, il réfute que le COE soit en crise. «Cette réunion du Comité central a fixé des mécanismes pour une transition en douceur et donné des orientations pour le futur, nous sommes donc dans la bonne voie.» Et de commenter, en puisant dans un autre registre naturel: «L'oecuménisme est comme une ascension alpine. Plus on approche du sommet, plus c'est difficile.»
Le Comité central a nommé une commission, présidée par la Kenyane Agnes Abuom, chargée de trouver un successeur au secrétaire général. Il sera désigné en septembre 2009, lors de la prochaine réunion du Comité central. Avant la fin du mandat du pasteur Kobia fin 2008, un secrétaire général par intérim sera nommé par le comité exécutif.

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