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La foi religieuse est-elle
naturelle ou culturelle ? Vaste question à laquelle vont
s’atteler pendant trois ans des chercheurs de l’université
d’Oxford dans le cadre d’une très sérieuse
étude qui ne coûtera pas moins de 1,9 million de
livres (2,5 millions d’euros).
Il ne s’agit pas de statuer sur l’existence ou la
non-existence d’un être divin, mais bien davantage
de savoir si le fait de croire en Dieu aurait pu conférer
à l’espèce humaine une quelconque supériorité
évolutionniste, et si l’apparition du sentiment
religieux ne dériverait pas d’autres caractéristiques
des sociétés humaines, comme la sociabilité.
Les chercheurs du Centre Ian Ramsey pour la science et la religion
et ceux du Centre pour l’anthropologie et l’esprit
s’appuieront sur les sciences cognitives pour mettre au
point “une approche scientifique permettant de comprendre
pourquoi nous croyons en Dieu et de répondre à
bien d’autres questions sur la nature et l’origine
de la croyance religieuse”.
“Nous voulons savoir précisément en quoi
la foi religieuse est innée. Nous pensons qu’il
s’agit là d’un sentiment bien plus naturel
que ne le supposent beaucoup de gens”, explique le psychologue
chrétien Justin Barrett, qui a aussi bien soutenu les
thèses de l’athée Richard Dawkins que celles
de son détracteur le théologien chrétien
Alistair McGrath.
Rédacteur en chef du Journal of Cognition and Culture
et auteur de l’ouvrage Why Would Anyone Believe in God?
[Comment se fait-il que l’on croie en Dieu ?], Justin
Barrett compare les croyants à des enfants de 3 ans qui
sont “convaincus que les autres savent pratiquement tout
ce qu’il y a à savoir”. Si cette certitude
s’amenuise avec l’âge et l’expérience,
elle n’en reste pas moins indispensable pour permettre
aux êtres humains d’entretenir des rapports sociaux
productifs, et elle trouve son prolongement dans le sentiment
religieux. “Cette tendance infantile persiste généralement
jusque dans la vie adulte, car elle est facile, intuitive et
naturelle, explique-t-il. Elle correspond à nos présupposés
sur le monde.”
Entre autres grandes questions, les chercheurs se demanderont
si les conflits religieux sont inhérents à la
nature humaine, ou encore si la croyance dans un au-delà
relève de l’acquis ou d’un inné que
nous devrions à la sélection naturelle. “L’étape
suivante, ajoute le Dr Barrett, consistera donc à se
pencher sur certaines problématiques précises
– par exemple, quelles croyances religieuses l’esprit
humain peut-il appréhender de la façon la plus
courante et la plus naturelle ?” Les aspects les plus
intéressants de cette recherche tiennent par exemple
aux différentes façons d’aborder le polythéisme
et le monothéisme, et aux rapports entre la religion
et la théorie de l’évolution des espèces.
Justin Barrett et son collègue Roger Trigg se demanderont
si la religion est une composante du processus de sélection
qui a permis aux humains de survivre ou si ce n’est qu’un
produit dérivé de l’évolution.
Cette étude, assortie de séminaires et d’ateliers,
est financée par la Fondation John Templeton, qui soutient
des projets de recherche sur la religion, les sciences et la
spiritualité. Sur les 2,5 millions d’euros alloués,
1 million est destiné à un concours qui récompensera
41 projets différents sous forme de petites bourses.
Ruth
Gledhill
The Times
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